PATRICK COHEN Il est 08h48. Bonjour Jean-Michel BAYLET.
JEAN-MICHEL BAYLET Bonjour.
PATRICK COHEN Dernier des six candidats à prendre la parole sur FRANCE INTER à la veille du premier tour. Je me place, comme pour les autres, dans l’hypothèse où vous seriez élu président le 6 mai prochain, quelles seraient vos premières décisions de chef d’État pour sortir le pays de la crise ?
JEAN-MICHEL BAYLET C’est naturellement d’aller rencontrer les chefs d’État et de gouvernement européens. La seule issue à cette crise, elle est au niveau européen. Elle n’est ni au niveau franco-français ni au niveau des autres États. Il faut les convaincre le plus rapidement possible de mettre en place une gouvernance économique et budgétaire européenne. C’est là que nous avons la solution et la seule. Ce n’est pas la France et les autres – même si de nouveau, il semble que nous soyons décidés à accompagner nos banquiers dans leurs difficultés – que nous résoudrons le problème. Il faut que nous ayons cette gouvernance économique européenne pour qu’à côté de notre monnaie commune, qui est le premier pilier de l’Europe, nous construisions – et il y a urgence – le second pilier qui est la gouvernance économique. C’est unique au monde ! Nous avons une zone économique commune et nous n’avons pas de gouvernance commune. Ce qui permet aux États de faire des choses parfois étranges, on le voit, avec la Grèce en particulier. Mais sans aller jusque-là, huit États, aujourd’hui, sont en vertu budgétaire, c’est-à-dire qu’ils respectent les critères de convergence. La France, qui donne beaucoup de leçons en ce moment, est à 7,5 au lieu de 3 % de déficit par rapport au PIB. Et d’autres comme la Grèce se conduisent de manière – pardon pour eux –, mais ahurissante quand vous songez qu’en Grèce, les plus nantis, les plus riches sont exonérés d’impôts. Les armateurs grecs, qui sont multimilliardaires, ne payent pratiquement pas d’impôts. L’Église orthodoxe grecque, qui est le premier propriétaire du pays, est exonérée d’impôts. Il faut qu’il y ait un cadrage budgétaire commun et que nous soyons tous soumis aux mêmes règles du jeu. Alors vous allez me dire, ça demande du transfert de souveraineté.
PATRICK COHEN Oui !
JEAN-MICHEL BAYLET Eh bien oui. Eh bien oui ! Mais c’est la logique de la construction européenne ! Le premier transfert de souveraineté, il a été réalisé d’abord quand on a créé l’Union européenne et le deuxième – le plus significatif, le plus symbolique – lorsque nous avons abandonné le franc, le deutschemark pour avoir une monnaie commune. Dans les collectivités, nous savons travailler comme ça. Nous avons des discussions d’orientation budgétaire et ensuite il faut construire le budget dans ce cadre. Eh bien moi, je veux un cadrage budgétaire européen et ensuite chaque État construit son budget mais dans le respect de ce cadrage budgétaire.
PATRICK COHEN Voilà pour l’économie, Jean-Michel BAYLET. Il y a des sujets que vous êtes seul, je crois bien, à évoquer dans cette campagne : la légalisation du cannabis, bien sûr, qui a fait parler de vous après le premier débat, mais aussi la laïcité (protection de la loi de 1905, modification de la loi FALLOUX pour accorder plus de ressources à l’école publique). Est-ce que c’est un thème que devrait se réapproprier les autres candidats ?
JEAN-MICHEL BAYLET L’histoire des radicaux se confond avec celle de la République. On n’est pas radical par hasard, c’est parce que nous avons la République et la laïcité chevillées au corps. Et, de fait, j’ai porté ces valeurs-là dans cette campagne et dans le droit fil de ce que furent nos aînés.
PATRICK COHEN Mais il faut rallumer une guerre scolaire pour ça ? Modifier la loi FALLOUX, vous voyez bien ce que ça suppose.
JEAN-MICHEL BAYLET Non, je ne veux pas rallumer une guerre scolaire, je veux préciser les choses. Aujourd’hui, l’école est en difficulté. L’école de la République, elle a été durement frappée par les décisions de Nicolas SARKOZY et de son gouvernement. Nous savons quand même – parce que je ne suis pas irréaliste – que nous sommes en difficulté budgétaire et financière et qu’il n’y en a peut-être pas pour tout le monde. Moi, je donne priorité à l’école publique qui est l’école laïque, qui est celle de la République. Et au nom de ma laïcité, je suis quelqu’un de tolérant, de respectueux. Chacun peut faire ses choix.
PATRICK COHEN Mais moins de crédit à l’enseignement privé. C’est ça que ça veut dire.
JEAN-MICHEL BAYLET Eh ben pas davantage en tout cas et davantage de crédit à l’enseignement public. Quant à la légalisation du cannabis, je suis là encore dans le droit fil de ceux qui ont eu le courage de séparer l’Église de l’État, qui ont eu le courage d’instaurer l’impôt sur le revenu. Il ne faut pas se voiler la face. Se voiler la face, c’est le laxisme.
PATRICK COHEN Et pour l’éducation, vous êtes le seul aussi à prôner une refonte de la carte scolaire.
JEAN-MICHEL BAYLET Oui, parce que je veux rétablir la carte scolaire au nom de la mixité sociale. Aujourd’hui, les parents ayant le choix, il est aisé de voir comment ce choix est fait. On cherche le meilleur collège, le meilleur lycée pour les enfants. Donc il y a, dans l’école publique, deux catégories : celles et ceux que l’on considère comme de très bons lycées, de très bonnes écoles et puis celles et ceux où on laisse dans les quartiers, dans les banlieues les autres. Ce n’est pas tolérable sur le territoire de la République, il faut qu’il y ait mixité scolaire. Et la mixité, elle s’organise au travers de la carte scolaire.
PATRICK COHEN Seul aussi, Jean-Michel BAYLET, à vous prononcer contre l’interdiction du cumul des mandats.
JEAN-MICHEL BAYLET Parce qu’on ne prend pas les choses dans l’ordre. Il est de bon ton de dire : la France est une exception quant au cumul des mandats. C’est vrai, mais on oublie de dire que tous les grands pays européens sont fédéralistes. Le jour où nous aurons, dans les régions ou les départements, le pouvoir des généralités comme en Catalogne, par exemple, ou du Land de Bavière ou du Parlement écossais, je comprends que l’on interdise le cumul des mandats. Mais aujourd’hui, nous sommes restés un pays très jacobin et c’est à Paris que se décident les choses. Moi, je propose que l’on fasse les choses dans un ordre différent. Je souhaite un acte III de la décentralisation, que l’État conserve ses fonctions régaliennes – ça lui permettra d’ailleurs de faire des économies – et cesse de s’occuper de tout. Prenons l’exemple de mon propre département mais c’est la même chose ailleurs qu’en Tarn-et-Garonne. On a décentralisé 95 % de l’équipement – nous avons les routes, nous avons tout – mais il reste encore cent cinquante agents à l’équipement. Je peux dire la même chose pour la santé. Donc une loi de décentralisation fixant les responsabilités de l’État et les responsabilités des collectivités. D’ailleurs, je le mets dans un paquet plus large qu’est celui de VIe République. Et ensuite, bien naturellement, je ne suis pas hostile à ce qu’on regarde le cumul des mandats. Mais le jour où le mandat local est réellement un mandat de pouvoir et de décision et non un mandat où on gère l’action sociale et le goudron, comme je viens de vous le dire.
PATRICK COHEN Est-ce que c’est en fonction de ces critères, de ces sujets qu’on vient d’évoquer que vous diriez votre choix dans l’hypothèse où vous ne seriez pas au second tour, Jean-Michel BAYLET ?
JEAN-MICHEL BAYLET Pour l’instant, je finis de gérer la campagne de Jean-Michel BAYLET. Ça m’a pris tout mon temps et toute mon énergie, bon. Et je n’ai pas à choisir entre mes compétiteurs socialistes avant le premier tour.
PATRICK COHEN Non, mais après, vous le ferez…
JEAN-MICHEL BAYLET … que pour le cas où je ne serais pas au second tour – ce qui est peut-être une probabilité, en tout cas si je regarde les sondages –, eh bien dès lundi après-midi…
JOURNALISTE Vous êtes le seul à avoir le courage de l’envisager en tout cas.
JEAN-MICHEL BAYLET Eh ben oui, mais il ne vous a pas échappé que je suis quelque peu différent des cinq autres candidats et pas simplement parce que je ne suis pas socialiste mais radical.
PATRICK COHEN Oui, mais dans…
JEAN-MICHEL BAYLET Mais donc je vous disais que dès lundi, j’ai convoqué le bureau national du Parti radical de gauche à 15h et que nous ferons notre choix.
PATRICK C
http://www.planeteradicale.org/Interview-de-Jean-Michel-Baylet,640.html

